2 mars 2012

5. L’environnement : l’urgence d’agir

Métropole durable du 21e siècle

En 2010, travailler au développement régional sans le planifier de façon durable est impensable, voire irresponsable pour les générations futures. La responsabilité collective envers le développement durable apparaît particulièrement importante lorsqu’on habite en milieu urbain. Rappelons ici certains faits saillants du Forum urbain mondial de l’ONU qui s’est tenu à Rio de Janeiro en mars 2010 :

« Les villes rassemblent aujourd’hui la moitié de l’humanité et demain, en 2030, elles compteront 60 % de la population mondiale. (…) La plus grande partie de la croissance urbaine de demain ne se produira pas dans des mégacités déjà parvenues à maturité comme Pékin, Londres, Los Angeles ou Bombay. Cette croissance se produira dans des villes de plus petite taille, qui rassemblent d’ores et déjà plus de 60 % des urbains d’aujourd’hui. » 

« L’impact environnemental est proportionnel à l’ampleur du phénomène. Si les villes sont responsables de 75 % des émissions de gaz à effet de serre et consomment 75 % de l’énergie mondiale, c’est parce qu’elles accueillent la moitié de la population mondiale et l’essentiel des activités économiques. » 

La gestion durable de l’environnement urbain sera donc un des grands défis des prochaines décennies. Les villes de l’avenir sont celles qui savent déjà conjuguer leur développement avec la préservation et la mise en valeur de leur environnement. La prise en compte des enjeux de la durabilité du développement et la capacité d’y imaginer une vision de leur propre avenir, distingueront les métropoles du 21e siècle où il fait bon vivre, grandir et travailler.

Au Québec, c’est dans la grande région de Montréal que l’on retrouve une part significative des émissions de gaz à effet de serre (GES) et, par conséquent, certains des grands enjeux du Québec en matière de lutte aux changements climatiques. C’est aussi dans la grande région de Montréal que l’on trouve la plus grande manifestation de biodiversité au Québec. Pour toutes ces raisons, Montréal renferme les plus grands potentiels d’intervention et d’impacts au coeur de toute stratégie québécoise de développement durable. C’est là qu’il faut agir. C’est là qu’il faut être innovant.

Notre responsabilité individuelle et collective dans la lutte aux changements climatiques

Le dioxyde de carbone est le plus important gaz à effet de serre d’origine anthropique. D’après les analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU, la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone en 2005 dépassait largement les variations naturelles des 650 000 dernières années de 180 à 300 parties par million (ppm). Le rythme d’accroissement annuel de la concentration de dioxyde de carbone a été plus rapide au cours des 10 dernières années (1,9 ppm par an en moyenne pour 1995-2005) que depuis le début des mesures directes atmosphériques continues (1,4 ppm par an en moyenne pour 1960-2005). La source principale de l’augmentation de la concentration du dioxyde de carbone dans l’atmosphère depuis l’époque préindustrielle provient de l’utilisation des combustibles fossiles. Or les experts sont formels, la poursuite des émissions de GES au rythme actuel ou à un rythme supérieur provoquerait un réchauffement supplémentaire et entraînerait de nombreuses modifications du système climatique mondial au cours du 21e siècle, de même que l’élévation du niveau de la mer pendant des siècles. Ils s’entendent pour souligner l’urgence d’agir.

Les Montréalais et les Montréalaises, comme d’ailleurs tous les Nord-Américains, sont de grands consommateurs d’énergie, notamment d’énergie fossile. Ils ont donc à cet égard une responsabilité réelle. Pour l’île de Montréal, c’est le secteur des transports qui est le principal émetteur de GES13. Que ce soit en matière de transport des personnes ou encore de transport des marchandises, l’augmentation du nombre de véhicules et du nombre de déplacements est en progression constante. L’étalement urbain et l’utilisation prépondérante de la voiture solo dans les déplacements quotidiens en sont en partie responsables. C’est d’ailleurs pourquoi les acteurs régionaux reconnaissent le transport collectif comme une solution d’avenir.

Le transport des marchandises compte pour sa part pour moitié dans ce bilan ; les pratiques de l’industrie du Just in time dans le transport routier des marchandises, expliquent en partie ces chiffres. Or, si beaucoup d’analyses et de débats ont eu cours ces dernières années sur les enjeux de la mobilité durable des personnes, les études, les réflexions et les actions relatives au transport durable des marchandises dans la région de Montréalsont encore à développer.

Les entreprises, les institutions et les organisations ont une responsabilité importante en matière d’efficacité énergétique et de réduction de leurs émissions de GES, que ce soit quant à leurs approvisionnements, leurs procédés de fabrication, l’emballage et le transport des marchandises. D’autres initiatives, sans avoir tout l’impact des interventions précédentes,peuvent aussi concourir à la diminution de nos émissions de GES : les initiatives favorisant l’achat local et équitable, par exemple, ou encore le verdissement des centres urbains.

À cet effet, certaines études démontrent l’importance de la préservation de la canopée14. Un arbre de taille moyenne peut absorber jusqu’à 2,5 kg de carbone par an et réduire de 30 % les besoins de climatisation des immeubles avoisinants. C’est sans compter les autres bénéfices environnementaux comme la captation de métaux lourds ou l’absorption de grandes quantités d’eau qui sont ainsi déviées du réseau de traitement des eaux. L’arbre peut jouer un rôle majeur dans une stratégie visant la réduction des gaz à effet de serre et la préservation de la vitalité des espèces végétales et fauniques.

Lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP11) tenue à Montréal en décembre 2005, le maire de Montréal et ses collègues des autres grandes villes participantes se sont engagés à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) de leurs collectivités locales d’ici l’année 2020 par rapport au niveau de l’année 1990. Cet objectif a été repris dans le Plan de développement durable de la collectivité montréalaise 2010-2015 de la Ville de Montréal, ainsi que souligné dans son Plan de transport.

Cet objectif interpelle donc toute la communauté. Le succès du projet Défi Climat témoigne justement de la sensibilité et des préoccupations de la population à cet égard. Cette sensibilité nouvelle est vive, particulièrement chez la relève ; les jeunes en effet perçoivent de plus en plus que ce sont eux et elles qui auront à relever le défi de construire un monde différent. À cet effet, la CRÉ entend poursuivre sa collaboration à l’atteinte des objectifs du Plan de développement durable de la collectivité montréalaise avec ses partenaires, notamment en soutenant les initiatives citoyennes et celles impliquant les jeunes.

Favoriser la biodiversité sur le territoire montréalais

Contrairement à bien des idées reçues, c’est dans la région pourtant fortement urbanisée de l’archipel de Montréal, que l’on retrouve la plus grande diversité biologique au Québec : variété des plantes, des arbres et des arbustes ; variétéde la faune, notamment des ressources aviaires et aquatiques. Certaines espèces indigènes sont malheureusement déjà classées comme menacées. La disparition des milieux humides, l’artificialisation des rives du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Prairies, la perte progressive des derniers boisés, la canalisation des ruisseaux de l’Île sont autant d’interventions qui menacent le patrimoine naturel et la biodiversité de la région.

La CRÉ souhaite développer avec le gouvernement du Québec, notamment avec le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) et le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), une entente de collaboration pour susciter sur le territoire montréalais des initiatives nouvelles, adaptées à notre milieu urbanisé, qui favoriseront le maintien de ce patrimoine de biodiversité.

Avec plus de 20 % d’indice mesuré de canopée, notre région se positionne déjà comme une « ville verte » qui fait l’envie de bien de ses concurrentes de l’Amérique du Nord. À cet effet, la Ville de Montréal s’est dotée d’une Politique de l’arbre et d’un plan d’action conséquent. L’objectif retenu est de porter cet indice à 25 % d’ici 2025. L’augmentation de la canopée dans les cours d’école, les espaces privés tels les centres commerciaux et les parcs industriels, le développement de corridors verts, représentent justement des exemples d’initiatives de préservation de la biodiversité adaptées à notre milieu, la présence d’arbres favorisant le développement des espèces et plus particulièrement de la faune aviaire. Il s’agit là de possibilités d’interventions majeures pour contribuer à la réduction des gaz à effet de serre et contrer les îlots de chaleur, améliorant ainsi de façon sensible la qualité de vie de bon nombre de nos concitoyennes et de nos concitoyens, notamment dans certains quartiers centraux défavorisés. C’est aussi l’occasion d’associer les communautés locales et les citoyens à ce vaste chantier urbain.

Si les Montréalais et Montréalaises sont fiers à juste titre des grands parcs  naturels de l’Île et sont conscients de leur importance stratégique pour maintenir la biodiversité, de nouvelles approches se développent aussi pour maximiser tout le potentiel de la région à cet égard : jardins communautaires ; potagers domestiques ; verdissement des cours d’école, des stationnements, des ruelles ; corridors et toits verts.

Il y a là un courant fort d’innovation en matière, par exemple, de verdissement et d’agriculture urbaine, un secteur en développement, qui mérite qu’on s’y intéresse comme un secteur émergent, porteur d’une vision nouvelle du rapport du citoyen urbain à son environnement immédiat. La CRÉ souhaite encourager les projets pilotes, les actions exemplaires de verdissement et d’agriculture urbaine comme autant de vitrines susceptibles de faire rayonner Montréal comme le lieu d’une vision nouvelle de la force d’attraction des écocités de demain. Avec plus de 20 % d’indice mesuré de canopée, notre région se positionne déjà comme une « ville verte » qui fait l’envie de bien de ses concurrentes de l’Amérique du Nord. Montréal renferme les plus grands potentiels d’intervention et d’impacts au coeur de toute stratégie québécoise de développement durable. C’est là qu’il faut agir. C’est là qu’il faut être innovant. La CRÉ souhaite encourager les projets pilotes, les actions exemplaires de verdissement et d’agriculture urbaine comme autant de vitrines susceptibles de faire rayonner Montréal comme le lieu d’une vision nouvelle de la force d’attraction des écocités de demain.

Notre Comité Exécutif

Richard Deschamps, Vice-président de la CRÉ de Montréal

Richard Deschamps

1er Vice-président de la CRÉ de Montréal
Conseiller de la Ville, arrondissement de LaSalle, district Sault-Saint-Louis

voir tous les membres +
forum