2 mars 2012

1. L’éducation et le savoir : une obsession collective

Plusieurs grandes métropoles du 21e siècle, tout particulièrement celles du monde occidental, ont adopté une stratégie de développement centrée sur l’économie du savoir. Autour de concepts aussi variés que « Ville apprenante », « Communauté intelligente », « Ville créative », « Living Lab » ou autre « Broadband Economy », on retrouve des constats, des préoccupations et des lignes de force similaires.

En premier lieu, un constat incontournable, universel : le savoir des individus est la ressource la plus importante de toute collectivité. Paul Gérin-Lajoie affirmait que le cerveau est le capital le plus précieux « … sans lequel tous les capitaux en argent et en machines sont des investissements perdus ». Cela est vrai pour toute société mais ce l’est encore plus pour Montréal et pour les grandes métropoles où le savoir et la créativité des individus deviennent des enjeux déterminants.

Face à la baisse relative de l’emploi manufacturier, Montréal a misé sur ses forces : sa position en tant que haut lieu d’échanges dans les sphères du commerce, des services, de la culture et du savoir. En conséquence, comme beaucoup d’autres grandes métropoles, elle a redéployé sa stratégie de développement vers les domaines spécialisés des industries et services de haute technologie, des industries culturelles et des nouvelles technologies de l’information et des communications. Ce virage est déjà bien amorcé. Cependant, pour briller parmi les métropoles du 21e siècle, elle devra intensifier ses efforts pour accroître son influence en tant que pôle international de créativité et d’innovation. Pour ce faire, elle devra plus que jamais compter sur le savoir et la formation de sa population.

Des citoyens et des citoyennes du 21e siècle pour une métropole du 21e siècle

Dans le contexte mondial actuel, où les grandes métropoles misent de plus en plus sur le savoir, le fait de pouvoir compter sur une population hautement qualifiée, créative et en mesure de contribuer au développement de la région revêt une importance capitale. Épanouissement individuel et prospérité collective vont alors de pair. Une personne éduquée est une personne qui a une plus forte probabilité de demeurer en santé, de trouver du travail, de contribuer à la vie collective. Elle disposera des habiletés nécessaires pour faire sa place dans le marché de la nouvelle économie. Elle aura l’intérêt et le bagage de connaissances voulus pour s’engager socialement. Elle aura le souci d’actualiser ou d’acquérir de nouvelles connaissances tout au long de sa vie. Elle demeurera ainsi économiquement et socialement compétente. Des citoyennes et des citoyens bien formés et qui contribuent à la vie sociale, économique et culturelle de la collectivité sont une clé de la réussite d’un développement durable.

Les défis de la métropole en matière de scolarisation et d’éducation

Or, en matière de scolarisation, plusieurs défis demeurent pour que le plus grand nombre de Montréalaises et Montréalais soit en mesure de contribuer pleinement à la société de savoir et d’innovation que nous bâtissons. Un trop grand nombre de nos concitoyens sont laissés sur la touche alors même que démographes et économistes s’inquiètent des pénuries de main-d’oeuvre. Nécessité économique, impératif social, tout concorde : on ne peut laisser de côté toutes ces forces vives, en particulier tous ces jeunes qui, faute d’un milieu, d’un encadrement propice, ne pourront développer pleinement leur potentiel.

Certaines données illustrent le problème et appellent une intervention urgente. Selon les données disponibles au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, en 2007, à Montréal, le taux de décrochage scolaire dans les écoles publiques était de 32,1 %, variant de 27,5 % pour les filles à 36,4 % pour les garçons. Ce taux peut se situer, selon les territoires des CSSS, entre 18 et 48 %. Il ne fait aucun doute que, sur le plan de l’éducation, les jeunes issus des groupes les plus pauvres n’ont pas toujours accès à l’égalité des chances. L’Enquête surla maturité scolaire des enfants montréalais, réalisée par l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, fait aussi la démonstration de disparités dans le niveau de développement et plaide pour une intervention précoce auprès des jeunes enfants afin de prévenir le décrochage scolaire. Par ailleurs, le taux d’obtention d’un diplôme du secondaire, chez les 20 ans et moins, se situait à 72,2 % en 2007-2008, pour l’ensemble du Québec. La voie d’une seconde chance n’est donc pas à négliger. C’est d’ailleurs sur l’augmentation de ce taux que repose l’objectif de la stratégie gouvernementale en matière de persévérance scolaire.

Aux cycles supérieurs, une étude de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) montre que notre région métropolitaine affichait encore, en 2006, avec 26,5 %, un taux de diplomation universitaire inférieur à celui de la région métropolitaine de Toronto (33,6 %). Malgré le rattrapage effectué, en particulier parmi les populations les plus jeunes, Montréal continue de marquer un retard sur les grandes régions métropolitaines d’Amérique du Nord.

D’autres défis sont à relever en éducation et ils touchent des domaines aussi variés que l’alphabétisation

numérique, la formation continue, la reconnaissance des acquis et des compétences, l’accès des filles et des femmes aux métiers et professions ou à l’éducation scientifique.

Par ailleurs, depuis quelques années, les milieux d’affaires de domaines aussi variés que les assurances, l’aéronautique ou encore les technologies de l’information et de la communication, multiplient les alarmes : notre développement économique est mis en péril en raison d’un manque de travailleurs qualifiés. Malgré nos progrès récents, il faut réagir rapidement puisque tout recul au plan de la scolarisation nous expose à une détérioration de notre situation économique et sociale.

Une stratégie visant la réussite

Cette préoccupation est partagée depuis plusieurs années par une multitude d’acteurs de la région de Montréal. À la suite du Sommet de Montréal de 2002, la Ville de Montréal a publié le plan d’intervention « Imaginer, réaliser Montréal 2025 » où « Montréal, ville de savoir, de création et d’innovation » apparaît au premier rang des cinq axes stratégiques d’intervention. Le Plan de développement économique publié en 2005 par la CMM inscrit également « Une région métropolitaine apprenante » comme l’une de ses quatre grandes orientations. Les travaux menés par la CMM dans le cadre de la préparation de son prochain plan quinquennal confirment cette vision tout en notant que la diminution de la fréquentation universitaire dans les disciplines technologiques et l’augmentation des pénuries de main-d’?uvre dans un nombre croissant de secteurs représentent de nouveaux défis issus du contexte économique actuel. Finalement, le gouvernement du Québec allait dans le même sens lorsqu’en conclusion de la Rencontre économique de janvier 2010 il inscrivait l’augmentation du nombre de personnes formées dans les domaines à haute valeur ajoutée et l’offre de formation continue parmi ses priorités.

Convaincue que les enjeux de l’éducation et du savoir sont vitaux pour le développement de la région de Montréal, forte de l’expérience acquise depuis plusieurs années dans le cadre des travaux menés notamment sous la coordination de son comité « Montréal, ville apprenante, de savoir et d’innovation », la CRÉ de Montréal entend faire de l’éducation et du savoir une obsession collective. Avec ses partenaires, elle entend s’engager à augmenter l’accès à l’éducation et à favoriser la maturité et la réussite scolaire surle territoire de l’Île. Ce sera là une de ses contributions majeures à la mise en ?uvre, sous le leadership de la Ville de Montréal, de la dimension régionale du Plan d’action gouvernemental 2010-2015 pour la solidarité et l’inclusion sociale.

Par ailleurs, la CRÉ poursuivra le travail qu’elle a entrepris depuis plusieurs années afin de favoriser l’émergence d’une culture scientifique de l’innovation et d’une relève dynamique en sciences et en technologies. Elle renouvellera également ses efforts pour soutenir la formation tout au long de la vie en encourageant la participation aux activités de formation continue. En poursuivant ces trois objectifs, la CRÉ contribuera à créer une société du savoir où chaque Montréalais, chaque Montréalaise aura une chance de développer son potentiel, où chacun pourra plus activement participer à la vie de la société et à la prospérité collective.

Axes d’intervention et principales orientations

1.1. Favoriser la persévérance scolaire et la réussite éducative

  • réduire le taux de vulnérabilité des tout-petits au moment de leur entrée à l’école
  • réduire le niveau de décrochage scolaire
  • augmenter le taux de diplomation sur l’île de Montréal

1.2. Susciter l’émergence d’une relève dynamique en sciences et en technologies

  • accroître l’ouverture et l’intérêt des jeunes face à la science et à la technologie
  • augmenter le nombre de jeunes choisissant un parcours de formation en sciences et en technologies en portant une attention particulière au parcours des filles

1.3. Encourager la formation tout au long de la vie

  • soutenir et accroître la participation des adultes aux activités de formation continue

« LE SAVOIR DES INDIVIDUS EST LA RESSOURCE LA PLUS IMPORTANTE DE TOUTE COLLECTIVITÉ. LE CERVEAU EST LE CAPITAL LE PLUS PRÉCIEUX SANS LEQUEL TOUS LES CAPITAUX EN ARGENT ET EN MACHINES SONT DES INVESTISSEMENTS PERDUS »– PAUL GÉRIN-LAJOIE

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Karine Boivin Roy

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